• 01. Une histoire de volupté (-16)

    Devant mon château des ténèbres, une douce lame vient heurter mon pied. Je me baisse et la ramasse. Une dague. Je me souviens d’en avoir plusieurs paires, étant moi-même disciple d’un dieu voleur et assassin, sans aucune pitié, mais celle-là est toute seule, tel une orpheline.

    « Reste avec maman, va… Ma ceinture a une petite place pour toi. Mais je pense que tu seras mieux à côté du lit, à veiller sur moi. »

    Je la dépose ainsi sur la tablette de chevet. Puis, dès que j’éteins la bougie, je vois une drôle d’aura violacée luir autour de la dague. Je regarde le miroir, je vois une ombre. Qui semble me représenter. Qui sort pour prendre une apparence d’une moi démoniaque. En un nuage de fumée, mon reflet se transforme en démone.

    D’après la culture de l’île, il semblerait que ce soit Ombrage elle-même.

    « Enfin réussi à m’échapper de cette dague… Et on peut bien laisser cette bague deux minutes ! »

    J’ai du mal à y croire. C’est donc Ombrage…

    « Tu as un drôle d’air… Tu sembles perturbée par quelque chose, pas vrai ? Allez, raconte. »

    Ombrage n’a pas tort. La maligne, elle sait lire les visages.

    J’ai un lourd passé que je traîne derrière moi. Lorsque j’étais jeune, je me faisais harceler et écarter de tous, mais surtout de la part de deux petites pestes, Alexandra, une Crâtte habillée en bleu sombre, et Claire, une Osamodette aux mauvaises blagues blessantes, et désignée comme la reine des Tofus du lycée. Mais cela n’allait plus durer. Les deux filles habitent maintenant l’une chez l’autre dans une bourgade non loin dans Katrepat. Je suis dans un château de noblesse, grâce à ma famille… Que je ne connais que par les portraits sur les tableaux. Un Vampyre et une disciple de Sram. Ce qui explique mon extrême pâleur.

    « Alors, petite, déballe ce que tu as sur le cœur. »

    Je lui raconte tout du début à la fin. Elle éclate de rire.

    « Et si je te disais que tu pouvais assouvir ta vengeance sur ces deux pauvres filles ? Attirer plein d’êtres à toi et pouvoir recevoir le plaisir que tu réclamais quelques années encore ? Et même pourquoi pas, échanger quelques mots. Qui sait… »

    Me venger ? Si je le pouvais, j’accepterais bien volontiers !

    « Allez-y. »

    Je me regarde dans le miroir.

    « Adieu, Tori du passé… Dis bonjour à la nouvelle souveraine de Katrepat ! »

    Je luis d’une aura violacée. Mon physique change, pour finalement devenir trait pour trait une femme fatale, qui attirerait la moindre personne jusque dans son lit.

    « Et si je commençais par ces deux petites… »

    Je m’arme alors d’une plume que je trempe dans un pot de sang périmé pour écrire un mot à laisser à la porte d’une personne prête à plonger dans mes bras, les yeux fermés.

    De toute façon, ne dit-on pas que l’amour n’a pas de visage ?

    J’ouvre la fenêtre. Un orage pourpre éclate, et… Je m’envole ! Des ailes noires se déploient depuis mon dos, et je m’envole dans les airs… Jusqu’à retrouver la maison d’Alexandra et de Claire. Je dépose le mot devant la porte, je laisse une fleur, puis je toque à la porte avant de repartir, laissant derrière moi le fumet d’un parfum qui leur fera tourner la tête. Elles ont rendez-vous à minuit moins dix, dans l’enceinte de mon château. Voilà un cadeau d’honneur qu’on ne pourrait refuser.

    L’heure arrive et la porte de la demeure s’ouvre en grand, prête à accueillir les demoiselles. Juste une robe très légère sur elles.

    « Sortez de votre maison, mesdemoiselles. Venez à moi, je vous prie. »

    Comme hypnotisées, elles s’avancent. De parfaites petites poupées, si séduisantes… J’en craquerais.

    Je les emmène finalement de leur domicile jusque chez moi.

    La fenêtre s’ouvre grand vers une chambre d’apparat. Je la réserve d’habitude à des invités d’honneur.

    « Lorsque vous vous réveillerez, vous aurez un magnifique cadeau. Vous ne pouvez pas refuser de telles avances… »

    Je les dépose sur le lit. Je les regarde. Elles sont adorables, endormies. Leur peau est à croquer…

    Une petite voix me susurre dans ma tête.

    Elles sont à toi… Régale-toi de leurs âmes et de leurs corps…

    Je suis finalement tentée de laper leurs joues, tel un petit chaton. Maintenant, j’allais pouvoir montrer à ces deux petites que maintenant qu’elles sont dans ma cour, elles comprendront que je ne suis plus celle que j’ai été. Que je suis une femme respectable. Et qui sait…

    « Je reviendrai vers vous plus tard mes petites… »

    Il me faut désormais préparer un plan pour qu’elles ne sortent plus d’ici. Et je crois finalement que je l’ai trouvé bien plus vite que je ne le pensais.

    « Si je dois recevoir du plaisir, il faut que je leur en donne aussi pour qu’elles m’en donnent encore plus… »

    Ce sera un plaisir partagé, un très très long plaisir…

    (À suivre)